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Lecture :   Matthieu, chapitre 1


NOËL   2000

Il ya donc en tout :
14 générations depuis Abraham jusqu'à David,
14 génértions depuis David jusqu'à la déportation de Babylone,
14 générations depuis la déportation à Babylone jusqu'au Christ.


Noël 2000 avec l'agréable rotondité de ses trois zéros n'a rien de particulier sinon de nous introduire dans le 21 ième siècle. En évaluant arbitrairement une génération entre 40 et 50 ans, Noël 2000 nous place à peu prés à égale distance de la naissance de Jésus que l'était Abraham : trois fois quatorze, ou quarante-deux générations, d'après la généalogie rapportée par Matthieu.

Cette succession de quarante-deux vies mises bout à bout nous impressionne à juste titre, elle fait contraster la courte durée de nos projets et de notre existence terrestre avec les desseins éternels de Dieu. Car la naissance de Jésus ne doit rien au hasard, elle est l'accomplissement d'une promesse faite par Dieu à un homme, à Abraham, quarante-deux générations après lui.

Quarante-deux générations parlent non seulement de la fidélité du Dieu qui ne peut mentir et qui remplit toujours ses promesses mais encore de celle des enfants d'Abraham qui génération après génération ont su transmettre la foi de leur père.

Elle évoque pour nous aujourd'hui les quelques cinquante générations de chrétiens, d'hommes et de femmes qui nous ont précédé dans la foi à la venue du Fils de Dieu. L'Evangile auquel ils ont attaché leur vie n'a pas varié, il est celui que nous voulons partager maintenant, et la génération qui nous suit contiendra aussi son lot de vrais croyants en Jésus-Christ qui, à leur tour, annonceront fidèlement la Parole de Dieu.

Car les maillons de cette longue chaîne qui traverse les siècles ne tiennent entre eux à cause d'une sympathique tradition célébrée un jour d'hiver par an, mais ils sont reliés par une action vitale de Dieu parmi les hommes.

Par ailleurs les premiers chrétiens, ne fêtaient aucun jour de Noël particulier, encore moins un 25 décembre où, même en Palestine, les nuits sont trop froides pour que les bergers passent dans les champs les veilles de la nuit. Il peut certes penser incroyable à nos mentalités contemporaines que l'on n'ait pas songé à noter la date de naissance de celui que l'on tient pour le Sauveur du monde, et cependant en songeant à ces quarante-deux générations avant sa venue, ces cinquante après, nous devons prendre conscience que l'humanité, comme l'individu, tout en restant la même, grandit et marche vers un terme.

Quel historien moderne se serait permis de présenter la généalogie de Jésus comme le fait Matthieu ? Trois groupes de 14 générations lui auraient paru beaucoup trop artificiel, et le terme de génération bien trop vague. La pensée intellectuelle de l'humanité a mûri elle a maintenant des exigences de précision dont elle ne se préoccupait pas quand elle était encore dans l'enfance.

Et cependant la Bible, la Parole écrite de Dieu reste parfaite dans son fond comme dans sa forme. La manière dont elle divise la durée entre Abraham et le Christ, en trois périodes, si elle ne vise pas à une exactitude mathématique, veut nous instruire sur la façon dont Dieu a agit envers les hommes.

L'époque de la naissance de Jésus-Christ se situe à un stade bien déterminé par Dieu du développement de l'humanité :

Mais, lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme, né sous la loi. ( Galates 4 : 4 ) 


14 générations d'Abraham jusqu'à David


De ses premières pages aux dernières le volume biblique contient toute l'histoire des hommes ; Abraham c'est l'enfance de l'humanité ; tournez quelques pages de la Bible et vous êtes déjà avec lui.

Abraham était un homme qui vivait en Mésopotamie, à Ur en Chaldée. Les traditions juives rapportent que, comme ses concitoyens, il avait été instruit à adorer la lune et les étoiles jusqu'à ce qu'une nuit qu'il contemplait ces astres, le Dieu Créateur se révèle à lui. Les cieux racontent la gloire de Dieu.

La Genèse nous rapporte, de façon certaine, que L'Eternel appela Abraham à quitter son pays et qu'il lui parla après l'avoir invité à contempler la nuit étoilée. C'est alors qu'il reçut, sur un fond obscur mais parsemé de clous d'or, la promesse d'une postérité innombrable à travers la naissance d'un enfant par qui seraient bénies toutes les générations.

La manière d'agir de Dieu avec l'humanité suit une étroite correspondance avec celle dont il agit avec chacun de nous en tant qu'individu.

Dieu se révèle bien souvent dans l'intuition de notre enfance, de façon voilée sans doute mais certaine. Rares sont ceux d'entre nous qui ne gardent aucun souvenir de premières impressions sur l'existence d'un Dieu invisible mais qui nous voit. Le jeune Samuel de la Bible entendait la voix de l'Eternel mais il ne savait qui l'appelait. Beaucoup d'entre nous avons, petits, entendus la voix de Dieu, mais notre intelligence, notre cœur n'étaient pas encore suffisamment développés pour comprendre.

Après avoir appelé Abraham Dieu va faire progressivement grandir l'humanité, le genre humain, dans son aptitude à le connaître. Il ne faut pas entendre par-là tous les hommes pris séparément, mais l'homme en tant que créature, du point de vue de Dieu.

Le peuple de Dieu va devoir passer par des stades difficiles de croissance, par des dangers réels et redoutables. C'est son séjour en Egypte et le risque de destruction totale sous la férule de Pharaon.

Mais le Dieu qui s'est révélé à Abraham dans l'enfance de ce peuple ne l'a point trompé, il va le garder, le maintenir en vie, le fortifier et l'amener ailleurs. C'est là que le peuple d'Israël apprend à mettre par écrit la Parole de Dieu, avec Moïse. Jusqu'à Abraham la transmission restait, que nous sachions, orale.

Et ce Dieu qui s'est révélé dans notre enfance de nous a point trompés non plus. Cette intuition qu'il nous avait soufflée, il l'a confirmée; il nous a protégés jusqu'à ce jour, même si nous sommes passés par des moments douloureux, nous avons été portés, gardés, ne pas le reconnaître serait de la plus vile ingratitude.

Le premier groupe de 14 générations amène Israël jusqu'au roi David, lequel résume en sa personne une certaine maturité du peuple de Dieu. C'est à David, homme selon le cœur de Dieu, que furent données les plus belles promesses concernant le Messie. Ce dernier serait appelé Fils de David et son trône devrait durer éternellement.


14 générations de David jusqu'à la déportation à Babylone


Sous David, l'humanité entre dans la force de la jeunesse, l'époque de la vie où les passions naissent dans l'âme. Dieu déclare à travers le prophète Osée : Quand Israël était jeune, je l'aimais, Et j'appelai mon fils hors d'Egypte. Israël jeune a répondu à cet amour, comme le prouve l'expression de l'âme israélite dans les psaumes, pour la plupart composés par David.

La jeunesse est l'époque des vocations, des larges visions de ce que nous réserve le futur. C'est dans ce deuxième groupe de 14 générations que le prophétisme hébreu atteint son maximum d'intensité. C'est là que nous trouvons les indications les plus précises et les plus troublantes au sujet de la naissance du Messie.

Rappelons celle d'Esaïe 7 : 14 :

Voici, la vierge deviendra enceinte, elle enfantera un fils, et elle lui donnera le nom d'Emmanuel (Ce qui signifie Dieu avec nous, huit siècles avant la naissance de Jésus).

Et celle de Michée 5 : 1

Et toi, Bethléhem Ephrata, petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui dominera sur Israël, et dont l'origine remonte aux temps anciens, aux jours de l'éternité. (7 siècles avant sa naissance)

Mais la jeunesse est souvent, hélas, la période des folies et des passions destructrices; très vite, après le règne glorieux de Salomon, Israël va se déchirer, se fourvoyer dans l'idolâtrie, provoquer le chagrin et la colère du Dieu jaloux qui a pris tant de soins à l'instruire; et c'est ainsi que le deuxième groupe de 14 générations qui avait si bien commencé va finir par la déportation à Babylone.

N'en a-t-il pas été de même pour beaucoup d'entre nous ? Rappelons-nous les espoirs, les rêves de notre jeunesse, les projets généreux, les idéaux que nous dictait la conscience pour certains, la religion pour d'autres. Et n'avons-nous pas exclu Dieu de notre vie alors que tout semblait bien aller pour nous ? Cependant c'est encore dans sa fidélité et son amour qu'il nous a sans doute bien vite humiliés.

Lorsque le malheur s'abat sur notre personne nous crions : pourquoi moi ? Et il nous semble que le reste des hommes ne connaît rien de nos souffrances. C'est une illusion, l'expérience, la discussion avec le prochain, montre qu'ils sont peu nombreux ceux qui traversent la vie sans quelque grande épreuve.


14 générations de la Déportation à Babylone jusqu'au Christ


Le troisième et dernier groupe de 14 générations qui s'étend de la déportation à Babylone jusqu'au Christ est le plus sombre des trois. La voix de Dieu va se taire pendant plus de quatre siècles. Israël reviendra de Babylone, mais combien diminué et affaibli ; il sera désormais esclave des peuples qu'il a voulu imiter dans ses dévoiements.

C'est que le peuple d'Israël, comme toute l'humanité, doit apprendre ce qu'est le péché, son péché, les conséquences du péché. Si, dans son enfance, Dieu a placé dans son cœur l'intuition de l'éternité il doit maintenant reconnaître en lui-même l'esclavage de ce penchant au mal qui est en chacun de nous.

Jésus est né alors que la faillite morale d'Israël était la plus complète et la plus désespérée possible. Le prophète Esaïe l'avait entrevu :

Le peuple qui marchait dans les ténèbres voit une grande lumière. Sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre de la mort une lumière resplendit. (9 : 2)

Quelle qu'ait été notre éducation religieuse ou notre absence d'éducation religieuse dans l'enfance, nous ne pouvons saisir Jésus-Christ comme notre Sauveur qu'après être passés par l'aveu en nous-mêmes, et l'aveu à Dieu, de notre faillite.

Jésus ne peut rien pour ceux qui sont heureux sans lui mais il sauve les malheureux, qui se sentant périr, cherchent à le connaître.

Jésus n'a rien à apprendre à ceux qui croient que toutes les religions se valent pourvu qu'on fasse le bien, mais il se révèle à ceux qui, assoiffés de vérité, confessent qu'ils ne font pas le bien qu'ils devraient.

Jésus n'est qu'un homme pour ceux qui ne voient en Dieu qu'un mot qu'ils remplacent aussi bien par un autre mais il est le Fils de Dieu pour ceux qui ne peuvent jamais être satisfaits à moins de connaître le vrai Dieu, sa personne, son nom et son visage.

Jésus n'est pas venu pour des gens moralement respectables à leurs propres yeux, mais pour des pécheurs qui se reconnaissent pécheurs.

En devenant homme, Dieu s'est attaché indéfectiblement et complètement à la nature humaine, hormis le péché, qui est commun à tous les autres hommes.

Il y a là la preuve, le gage, d'une vérité libératrice. Dans la pensée de Dieu l'homme n'est pas fait pour le péché ; cette affirmation a pour corollaire direct que l'homme n'est pas fait pour la mort. Trente-trois ans plus tard l'enfant qui venait de naître mettrait en évidence l'immortalité.

Ainsi ce Dieu qui a mis dans nos cœurs dès l'enfance l'intuition de la vie éternelle, la pensée de l'éternité, ne s'est point joué de nous. Aujourd'hui encore, tout fils d'homme qui contemple les cieux étoilés sent monter en lui des aspirations sublimes, celles qui étaient aussi en Abraham. La bête ne connaît point de pareils élans.

Le Dieu de l'enfance de l'humanité, le Dieu de notre enfance, le Dieu du vrai Noël, nous a créés afin que nous soyons pour lui les vis-à-vis d'un amour éternel.

Qu'importe donc quarante-deux générations afin que les temps soient accomplis, puisqu'ils le sont maintenant ? Qu'importe nos douleurs passées, nos années gâchées, puisqu'aujourd'hui un Fils nous est né, un Sauveur nous est donné ?

Il efface les péchés de quiconque se tourne vers lui, il le console de ses années d'esclavage et d'errements, il le fait naître de nouveau, un autre enfant de Dieu voit le jour. C'est le miracle de Noël.