Augustin Gretillat
(1837-1894)


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Pasteur et théologien, il fit partie du comité de rédaction de la Bible annotée. Ce seul titre serait suffisant pour lui valoir ici une mention, mais Augustin Gretillat a aussi été un écrivain protestant évangélique de talent, un penseur biblique profond que nous vous invitons à découvrir sur cette page, à travers quelques unes de ses œuvres.
Du reste, pour en connaître un peu plus sur sa biographie, nous laissons plus bas la parole à Philippe Godet (fils de Frédéric) qui fut un de ses amis intimes.

Sommaire   


Augustin Gretillat naquit le 16 mars 1837, à Fontainemelon (Val-de-Ruz), d'une famille d'agriculteurs où régnait, avec l'amour du travail, une piété vivante, développée sous l'action du Réveil. Il avait sept ans quand ses parents le mirent au collège à Neuchâtel ; ils vinrent s'y fixer eux-mêmes un peu plus tard pour surveiller ses études. Surveillance aisée, car l'enfant, désireux d'apprendre, était un modèle de conscience et d'application. Il montra même tant d'ardeur au travail, que sa santé en fut éprouvée et qu'il dut interrompre quelque temps ses classes pour se livrer aux occupations de la campagne. Il parlait volontiers de ce temps de sa jeunesse, dont il avait conservé un cher souvenir. Il aimait la terre, la vie normale en pleine nature, et garda toujours du paysan cette endurance physique grâce à laquelle, dans ces dernières années encore, il s'en allait tranquillement à pied de Neuchâtel à Berne, tout en méditant quelque problème théologique.

Il fit son instruction religieuse à Coffrane, auprès du vénéré, pasteur Perret, dont le nom devait être rappelé dans cette notice. La justification par la foi, la divinité de Jésus-Christ et son œuvre expiatoire, l'autorité de la Bible, constituèrent dès ce moment la base inébranlable de sa foi et de sa vie religieuse.

Nous le retrouvons, en 1853, étudiant dans les Auditoires, où Charles Secrétan enseignait la philosophie. Il importe de constater ici l'action profonde que ce penseur si original a exercée chez nous sur toute une pléiade de jeunes gens dont plusieurs ont marqué dès lors dans la science. Gretillat est un de ceux qui reçurent avec le plus de profit l'enseignement fécond du maître vaudois.

C'est en 1855 que Gretillat commença ses études de théologie à Neuchâtel. Il subit tout particulièrement l'influence de M. Frédéric Godet, à qui l'attachaient depuis l'enfance les liens d'une affection presque filiale et dont il devint plus tard le collègue. Dès ses débuts comme "proposant", il étonna ses maîtres par la vigueur et la richesse de sa pensée.

Après les deux années réglementaires passées à la Faculté de Neuchâtel, il prit le chemin des universités allemandes. A Halle d'abord, puis à Goettingue, il recueillit avidement les leçons de ces maîtres éminents : Tholuck, Dorner, Julius Muller. Il passa ensuite deux semestres à Tubingue, où l'attirait le célèbre professeur Beek. Sans renoncer à son indépendance d'opinion, il appréciait fort cet enseignement tout biblique et si personnel ; son esprit original goûtait volontiers les "Pauken", c'est-à-dire les brusques sorties et les divertissantes boutades sur les hommes et les choses, dont le professeur avait coutume d'émailler son exposition.

Ce n'est pas sans regret sans doute qu'il quitta, en 1859, cette Allemagne dont la science avait fortement déteint sur sa pensée et même, assure-t-on, sur son style. Le mal était heureusement réparable. Il vint subir à Neuchâtel ses examens de licence, et reçut, le 2 novembre, la consécration au saint ministère des mains de son professeur M. F. Godet. Le Synode le nomma aussitôt diacre du district de La Chaux-de-Fonds. Il trouva dans la prédication, dans l'enseignement religieux et dans la cure d'âmes, qui s'étendait aux environs du grand village, de précieux moyens de se former à la pratique du ministère, sous la direction de collègues qui appréciaient son activité et son zèle.

En 1862, la paroisse de Couvet le choisit pour son pasteur. Il occupa ce poste pendant huit années. La conscience - une conscience scrupuleuse - était le trait saillant de sa nature morale. Aussi sévère pour lui-même qu'indulgent pour les autres, d'ailleurs infatigable de corps et d'esprit, il ne négligeait aucun des devoirs de sa vocation. Il donnait le plus grand soin à sa prédication, toujours riche, profonde, frappante ; il considérait aussi les visites d'école comme une des partie-, importantes de sa tâche.

C'est pendant son séjour à Couvet, en 1867, qu'il épousa Mademoiselle Amélie Martin, de Bâle. Trois ans plus tard, la chaire de dogmatique et de morale à la Faculté de Neuchâtel devint vacante par la retraite de M. Alphonse Diacon. Le Synode y appela le pasteur de Couvet, qui n'hésita pas à entrer dans une voie où le portaient ses aptitudes et le vœu secret de son cœur. Il y devait trouver, en effet, l'emploi naturel de ses forces. Il a enseigné vingt-trois ans, d'abord dans l'Eglise nationale, puis, à partir de la scission de 1873, dans l'Eglise indépendante, à laquelle il se rattacha parce qu'il ne pouvait consentir à tenir du pouvoir civil son mandat de professeur de théologie.

Il apportait dans le professorat de solides convictions théologiques. Mais il n'était pas homme à s'ankyloser dans une routine paresseuse. Il s'appliquait au contraire constamment à réviser, à renouveler son enseignement, à en éprouver les fondements, à consolider l'édifice de sa dogmatique. Il ne reculait devant aucun labeur. Levé chaque matin bien avant le jour, il donnait à notre génération amollie un exemple d'énergie trop rare, et c'est ainsi qu'il a réussi à se tenir toujours au courant du mouvement scientifique, de façon à donner à ses élèves l'exposition la plus large et la mieux informée.

On peut mesurer la valeur de ses leçons par le grand ouvrage qui en a été le fruit. L'exposé de Théologie systématique, dont quatre volumes ont paru de 1885 à 1892, devait être complété par trois volumes de morale ; au moment de sa mort, il venait d'achever le premier. Ce vaste monument, conçu d'après un plan tout à fait personnel, est le premier traité complet de dogmatique qui ait paru en langue française depuis Calvin, ou du moins depuis la Théologie chrétienne de Bénédict Pictet (1708).

Le théologien neuchâtelois se sépare nettement du courant de la pensée actuelle. Il veut maintenir les droits de la métaphysique, que l'école moderne exclut de la théologie ; pour lui, la métaphysique ne repose pas sur des catégories purement subjectives, et nous sommes en droit d'affirmer scientifiquement quelque chose sur Dieu, son essence, ses perfections ; le sentiment n'est pas le seul organe par lequel nous le pouvons saisir.

Dans son volume d'introduction, il consacre des pages vigoureuses à établir que la théologie est une science au même titre que toute autre : son objet, c'est le grand fait du salut par Jésus-Christ. Il soumet à un examen serré les méthodes exclusives du positivisme, de l'idéalisme et du subjectivisme, qu'il étudie dans leurs représentants attitrés et qu'il discute avec une rigueur de dialectique et une abondance d'érudition très remarquables. Chemin faisant, il rencontre M. Charles Secrétan et le combat avec, la déférence, mais aussi avec la liberté d'un vrai disciple, "convaincu, dit-il, qu'une des façons les plus palpables de prouver à son ancien professeur que l'on a quelque peu profité de son enseignement, c'est de n'être pas de son avis".

Sur les débris des méthodes qu'il vient de discuter, l'auteur édifie la sienne, fondée à la fois sur l'observation des faits et sur la recherche de la loi qui les domine. Il démontré que cette méthode scientifique générale convient à la théologie comme à toute autre science. Sa foi repose sur le double fondement de l'expérience intime et de la révélation contenue dans la Bible, mais il attribue aux preuves historiques de la vérité chrétienne une importance que l'apologétique de nos jours a, selon lui, le tort de méconnaître.

Digne du nom de science par son objet, la théologie doit l'être aussi par son but tout pratique. Savant chrétien, Gretillat n'a jamais séparé la doctrine de la vie. S'il a connu les joies que la spéculation pure donne à l'intelligence, il a surtout cherché dans la science sa sanctification personnelle et la vie de l'Eglise. Ecoutez la page, d'une éloquence sobre et contenue, où il développe cette pensée :

La théologie qui déserte la cause de l'Eglise, pour se renfermer dans une satisfaction purement intellectuelle et désintéressée, déchoit de sa dignité même de science, car toute science, dans tout domaine, malgré qu'elle en ait, et à son insu peut-être, a une fin pratique. La recherche de la science pour la science serait, à quelque degré que ce fût, immorale, si même elle était praticable durant toute une carrière ; car l'homme et tout homme sont placés ici-bas pour agir et produire - du bien ou du mal, - et non pour savoir. L'histoire des sciences a montré que les recherches les plus désintéressées ou les plus abstraites en apparence finissaient, pour autant qu'elles avaient été habilement conduites, par satisfaire un des vœux, légitimes on non, de la nature humaine. La géologie, dont le but primitif était de reconstruire l'histoire des phases antérieures de notre globe, est reconnue aujourd'hui comme une des nécessités de notre époque industrielle...

... Quoi donc, la théologie, placée au milieu de ces puissances efficaces de la pensée humaine, se résignerait au rôle de contemplatrice oisive et inerte ! Il y a une excuse pour le naturaliste ou le philosophe qui oublie qu'il y a des hommes manquant de pain : c'est qu'il ne se croit peut-être pas capable de leur en procurer. Mais si la science du salut, renfermée dans le silence du cabinet ou dans l'enceinte des bâtiments académiques, prétend ignorer ou ne considérer qu'avec un dédain transcendant les misères de l'humanité, elle ajoute à la contradiction interne qu'elle s'inflige la responsabilité d'un grand devoir méconnu, et c'est à elle, plus justement encore qu'à tout autre, qu'il sera dit, au jour des rétributions : Méchant serviteur !...

Nous avions dit : Si le christianisme n'est pas un salut, il n'y a pas de théologie. Nous ajoutons : Si la théologie, qui est la science du saint, ne se fait pas la servante de l'Eglise, elle ment à la science, au christianisme, à l'Eglise et au monde.

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Hélas ! ce laborieux ouvrier était loin d'avoir achevé sa tâche. Est-elle jamais achevée pour le chrétien, tant qu'il reste une vérité à dire, une bonne œuvre à faire ? A vues humaines, il devait servir pendant bien des années encore la cause de l'Evangile. Sa mort fut si brusque, si inattendue, qu'elle frappa de consternation sa famille et l'Eglise.

Depuis le commencement de cette année, il souffrait d'une bronchite qui ne paraissait avoir aucun caractère de gravité. C'est seulement dans l'après-midi du samedi 13 janvier que se manifestèrent quelques symptômes inquiétants ; et l'on découvrit soudain que ce corps, si vigoureux d'apparence, était miné par un ennemi caché, le diabète. Le malade est mort sans avoir soupçonné le mal dont il était atteint. Il perdit connaissance dans la soirée et expira le lendemain, dimanche 14 janvier, à 10 heures du matin.

Le mercredi suivant, un long cortège de collègues et d'amis accompagna son cercueil à la Collégiale, où M. le pasteur Robert-Tissot prononça une émouvante oraison funèbre. Au cimetière, nous avons entendu parler tour à tour ses collègues et ses élèves ; les Facultés libres de Lausanne et de Genève apportèrent aussi leurs hommages sur sa tombe. Le sentiment qui se dégagea de tous ces témoignages de regret, c'est qu'une grande force venait de nous être ôtée.

Oui, Gretillat était un fort. Il l'était par la volonté, par l'intelligence, par la foi. Et il y ajoutait cette force suprême : la charité.

PHILIPPE GODET.

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